Étude Spéciale

de Lausanne N° 60


Rapport du

Forum pour l’Évangélisation du Monde 2004

Pattaya, Thaïlande


Groupe thématique N° 31

Atteindre le peuple juif

avec l’Évangile


L’ÉVANGILE

- pour les Juifs aussi -

Tuvya Zaretsky (éditeur)


L'ÉVANGILE – pour les Juifs aussi

_____________

Étude spéciale de Lausanne (ESL), dans l'original : Lausanne Occasional Papers (LOP), N° 60

Rapport du Groupe thématique N° 31 : "Atteindre le peuple juif avec l'Évangile"
du Forum pour l'Évangélisation du Monde qui s'est tenu du 29 septembre au 5 octobre 2004 à Pattaya en Thaïlande, sur le thème :
"Une nouvelle Vision, un nouveau Cœur et un Appel renouvelé"

Les sept membres du groupe de travail étaient :
Tuvya Zaretsky (Rédacteur), Kai Kjaer-Hansen (Responsable), Ole Chr. Kvarme (Consultant théologique), Bodil F. Skjott (Animateur), Richard Harvey, Theresa Newell et Susan Perlman.

Editeur des Études Spéciales du Forum de Lausanne à Pattaya en 2004 (en commençant avec l'ESL n° 30) :
David Claydon

Le Mouvement de Lausanne pour l'Évangélisation du Monde encourage la publication des Études Spéciales de Lausanne (ÉSL) et leur étude, mais ne cautionne pas nécessairement chaque point de vue qui y apparaît.

Informations concernant l'édition française :

Titre de l'édition originale  : Jewish Evangelism – A call to the church

La traduction française a été realisée par Prisca et Andrew Wiles, et révisée et adaptée par Jean-Paul Rempp, avec l'aide de Christian Witness to Israël (CWI), en français : Témoignage Chrétien à Israël (TCI).

Édition française : Copyright © 2006 CWI, Christian Witness to Israël, 166 Main Road, Sundridge, Sevenoaks, Kent TN14 6EL, Tél. : +44 (0)1959 565955, Fax : +44 (0)1959 565966, E-mail : herald@cwi.org.uk, internet : www.cwi.org.uk et www.shalom.org.uk

Copyright de l'édition originale : Comité de Lausanne pour l'Évangélisation du Monde et ses comités nationaux à l'échelle internationale, © 2005.

Les citations bibliques de l'édition françaises ont été tirées de la Bible dite du Semeur.


TABLE DES MATIERES

Nous n'avons pas honte de l'Évangile 

A      Un cœur nouveau

B      Une vision nouvelle

C      Un appel renouvelé

1     L'alliance de Dieu avec le peuple juif et l'Évangile pour les Juifs       

A      Jésus, le Juif, et les premiers qui ont reçu l'Évangile

B      Dialogue judéo-chrétien après l'Holocauste      

C      L'annonce de l'Évangile aux Juifs depuis la Seconde Guerre Mondiale

D      Documents en faveur de l'annonce de l'Évangile aux Juifs 

E       Debru Emet : contre l'annonce de l'Évangile aux Juifs

F       L'alliance de Dieu avec son peuple 

G      Pensées contemporaines à propos de l'alliance

H      Les prétentions de vérité du judaïsme et du christianisme      

I        Incohérences théologiques       

J       Autres formes de remplacement pour l'annonce de l'Évangile

K      Le test de la tolérance

L       L'annonce de l'Évangile aux Juifs – pour qui donc exactement ?      

2   La communauté juive et l'annonce de l'Évangile aux Juifs 

A      Une communauté variée

B      Points communs        

C      La mission juive au travers des siècles  

D      Le monde juif et l'annonce de l'Évangile aux Juifs

E      Opposition à l'annonce de l'Évangile aux Juifs

F      Stratégies d'opposition      

G      Résumé    

3   Les croyants juifs dans l'Église

A      La pensée juive messianique        

B      Le besoin de théologie

C      L'identité juive messianique        

D      Une théologie de l'identité culturelle

E       Identité juive messianique authentique        

F       Identité messianique israélienne        

G      Les non-Juifs et l'annonce de l'Évangile aux Juifs

H      Qu'en est-il de la Loi ?

I        Les Juifs messianiques et la prophétie       

J        L'unité de Dieu et l'unicité du Christ

K      L'avenir des Juifs messianiques       

4   Défis à surmonter dans l'annonce de l'Évangile aux Juifs

A      Revendications de vérités inconciliables     

B      En déni : "Les Juifs ne croient pas en Jésus"

C      Anti-sémitisme        

D      Marcionisme moderne

E       Eschatologie 

F       Réconciliation

G      Annonce de l'Évangile aux Juifs et aux Musulmans        

5   Études de cas : stratégies et initiatives dans l'évangélisation des Juifs    

A      Annonce de l'Évangile aux Juifs à l'échelon local 

B      Atteindre des groupes juifs particuliers        

C      Evangélisation par les médias 

D      Formation et enseignement     

E      Coopération et interconnexion : Les missions juives et l'Église 

6   Aujourd'hui nous prions : Notre Père qui es aux cieux    

Le contexte de la production des Études Spéciales de Lausanne    

Annexe A    

Annexe B    

Annexe C    

Annexe D    

Bibliographie 

Notes  


Nous n’avons pas honte de l’Évangile

        Annoncer l’Évangile aux Juifs signifie partager la Bonne Nouvelle avec le peuple juif. Jésus l’a fait et les apôtres également. Les premières communautés de croyants juifs à Jérusalem et en Galilée l’ont fait. L’Église primitive a pris forme par l’intermédiaire du ministère d’évangélisation de Paul auprès des communautés juives du pourtour méditerranéen. Le partage de l’Évangile avec le peuple juif a été le départ de l’évangélisation mondiale.

Dans chaque génération, tout au long de l’histoire chrétienne, des Juifs, croyant en Jésus, ont fait partie de l’Église. Cependant, cette histoire a été parfois difficile et l’expérience du peuple juif avec l’Église a été, à diverses périodes, caractérisée par la souffrance. Aujourd’hui, l’Église est appelée à accueillir et à apprécier la présence renouvelée de Juifs croyant en Jésus au sein du corps du Christ – tant en Israël que dans les autres pays du monde.

Le thème du Forum 2004 était : "Un Cœur nouveau, une Vision nouvelle, un Appel renouvelé". Le groupe de travail : "Atteindre le peuple juif avec l’Évangile" (The Jewish Evangelism Working Session – JEWS) du Forum désire exhorter l’Église à :

-         développer un cœur nouveau pour le peuple juif,

-         acquérir une vision nouvelle de l’Église composée aussi bien du peuple juif que de toutes les nations de la terre,

-         faire preuve d’un appel renouvelé à partager la bonne nouvelle avec le peuple juif en tout lieu.

A.    Un cœur nouveau

Dans une ère de pluralisme et de terrorisme mondial, il est temps que l’Église développe un cœur nouveau pour le peuple juif. Il est impossible d’effacer, dans l’histoire écrite au travers des âges, tous les méfaits de l’Église envers le peuple d’Israël. Le souvenir de ces méfaits, tel l’Holocauste au siècle dernier, a été si difficile que nombre de chrétiens pensent que l’Église a perdu toute crédibilité et tout droit de partager l’Évangile avec le peuple juif.

Sur ce point, nous déclarons que :

Nous avons honte des atrocités que l’Église a fait endurer au peuple juif et de l’enseignement du mépris qui a été donné au cours de l’histoire de l’Église, et nous les dénonçons.

Nous nous engageons à nous souvenir des méfaits de l’Église à l’encontre du peuple juif. Ce n’est qu’en gardant ce souvenir à l’esprit que les chrétiens seront à même de développer un cœur nouveau pour le peuple juif. Une histoire aussi tragique devrait également être un miroir permettant d’analyser de façon critique les efforts d’évangélisation actuels – auprès des Juifs, comme des non-Juifs.

B.    Une vision nouvelle

A une époque marquée par la mondialisation, l’Église a besoin d’acquérir une vision nouvelle pour le salut du peuple juif et de toutes les nations de la terre. Aujourd’hui, quand, avec les autres nations, le peuple juif confesse la foi en Jésus comme son Sauveur, c’est un signe d’espérance pour l’Église comme pour le monde.

C’est pourquoi, nous déclarons également que :

Nous n’avons pas honte de l’Évangile. Selon les paroles de l’apôtre juif, Paul, que nous reprenons, l’Évangile est en effet "la puissance de Dieu par laquelle il sauve ceux qui croient, les Juifs d’abord et aussi les non-Juifs" (Romains 1.16). Par conséquent, nous nous engageons également à défendre une telle vision pour l’Église qui affirme que, dans le Christ, nous sommes un, Juifs et non-Juifs, et que c’est dans le Christ seul que se trouve l’espérance de salut tant pour Israël que pour les nations.

C.    Un appel renouvelé

Étant de ceux qui professent que c’est dans le seul Évangile de Jésus que se trouve le salut tant des Juifs que des non-Juifs, nous prenons conscience que nous nous rendons également vulnérables aux accusations d’arrogance spirituelle, d’impérialisme religieux et de tenants de la théologie du remplacement (en anglais : supersessionism).

        Pourtant, nous affirmons que l’annonce de l’Évangile aux Juifs, et l’évangélisation du monde, ne sont pas triomphalistes. Une authentique annonce de l'Évangile aux Juifs comme des non-Juifs ne s’accomplit que par la victoire de Dieu, qui a ressuscité Jésus d’entre les morts et qui appelle tous les peuples à lui par la foi dans le Sauveur crucifié et ressuscité. L’évangéliste qui porte la bonne nouvelle aux autres doit tout autant recevoir lui-même ce même Évangile. Nous nous engageons donc à encourager l’Église mondiale à faire preuve d’un appel renouvelé à partager la grâce et la vérité du Seigneur avec le peuple juif en tout lieu, et à prendre conscience tout à nouveau de l’importance de l’annonce de l’Évangile aux Juifs.

Beaucoup de choses entrent en jeu quand certains dans l’Église dénoncent l’annonce de l’Évangile aux Juifs. Nombre de ceux qui le font aujourd’hui n’ont pas conscience des implications théologiques et missiologiques de leur prise de position. Ce rapport détaillera certaines des implications les plus importantes de tout manque à apporter l'Évangile aux Juifs. Il présentera le monde juif, tel qu’il est aujourd’hui, certaines des questions auxquelles font face les Juifs croyant en Jésus et certaines des pratiques courantes dans le domaine de l’annonce de l’Évangile aux Juifs.

Quel est l’enjeu ?

Si Jésus n’est pas le Messie pour le peuple juif, il n’est pas non plus le Christ pour les nations.


1.           L’alliance de Dieu avec le peuple juif et l’Évangile pour les Juifs

L’annonce de l’Évangile aux Juifs se pratique encore aujourd’hui, mais elle est soumise à de sérieuses attaques. Nombre de chrétiens remettent en question la nécessité et la légitimité du partage de l’Évangile avec le peuple juif. Ce chapitre va tenter de montrer que, du point de vue du Nouveau Testament, l’annonce de l’Évangile aux Juifs est tout à fait justifiée. Ceux qui s’y opposent sont par conséquent en décalage avec la compréhension biblique de la Mission.

A.    Jésus, le Juif, et les premiers qui ont reçu l’Évangile

D’un point de vue historique, le christianisme a commencé comme un phénomène juif. Les premiers à croire que Jésus était le Messie ont été des Juifs. Selon leur compréhension, le lieu de la révélation a été le pays des Juifs, l’origine de la révélation a été le Dieu d’Israël, les premiers destinataires de la révélation étaient les Juifs et le personnage principal de la révélation a été Jésus, le Juif. Ce Jésus est né d’une mère juive, a reçu un bon nom juif tout à fait habituel, Yechoua, "le salut du Seigneur". Selon Matthieu 1.21, la signification de ce que Jésus a fait se comprend à partir de son nom : Il est venu sauver – sauver son peuple – de ses péchés. Le genre de salut que ce Jésus/Yechoua a offert à son peuple est ici explicité. Voilà le thème qui revient tout au long du Nouveau Testament.

Quand les disciples de Jésus ont su par expérience que le Dieu d’Israël l’avait ressuscité d’entre les morts, et une fois qu’ils ont eu reçu l’Esprit Saint, ils ont annoncé l’Évangile – tout d’abord aux Juifs. Le premier "mouvement de Jésus" était constitué de Juifs, et ces croyants juifs ont considéré Jésus comme l’accomplissement des promesses de Dieu à Israël. Dieu a révélé et déversé son amour pour Israël et pour le monde par l’intermédiaire de Jésus. Le Seigneur a ainsi fait connaître son amour providentiel et salvateur pour tous ceux qui croient en lui.

Le salut est venu à Israël par l’intermédiaire de Jésus. Cela signifiait également une bonne nouvelle pour les non-Juifs. Les nations pouvaient de la même façon obtenir le salut par lui. Désormais, Juifs et non-Juifs invoquent ensemble le même Dieu d’Israël, l’appelant Abba, Père, dans le nom de Jésus et par l’Esprit Saint (cf. Galates 4.6-7).

Cette perspective fondamentale du Nouveau Testament est d’une importance capitale. Si nous perdons de vue ceux qui ont été les premiers à recevoir l’Évangile, la signification de celui-ci est diminuée pour tous les peuples. Alors, comment est-il possible à quiconque de refuser au peuple juif, ou à qui que ce soit d’autre, la révélation et le déversement de l’amour salvateur du Dieu d’Israël ?

B.    Dialogue judéo-chrétien après l’Holocauste

L’Holocauste est devenu le pivot décisif dans le dialogue judéo-chrétien. Ce dialogue a en grande partie influencé le point de vue de l’Église vis-à-vis de la légitimité de l’annonce de l’Évangile aux Juifs.

Après la seconde guerre mondiale, le dialogue judéo-chrétien a engendré des résultats positifs dans de nombreux domaines. C’est un dialogue qui devait avoir lieu et qui devait amener l’Église à reconsidérer sa propre théologie et sa propre pratique vis-à-vis du peuple juif. De nombreuses conférences ont été organisées et les documents produits se comptent par centaines.[1] Parmi les questions clés traitées par le passé dans le dialogue judéo-chrétien, citons :

-         l’Holocauste et le rôle de l’Église – reconnaissance de sa culpabilité

-         l’anti-sémitisme et l’anti-judaïsme au sein de l’Église – reconnaissance de son péché

-         l’établissement de l’État d’Israël – volonté de le considérer comme un signe de la fidélité de Dieu envers son peuple juif

-         le Dieu d’Israël comme Père de Jésus-Christ – reniement du Marcionisme (la position hérétique que le Dieu révélé de l’Ancien Testament n’était pas le Père de Jésus)

-         les racines juives de l’Église – reconnaissance que le Nouveau Testament ne peut être compris autrement que sur la toile de fond des Écritures hébraïques (que l’Église appelle l’Ancien Testament)

-         l’élection définitive d’Israël et l’alliance immuable de Dieu avec son peuple – dénonciation de l’idée que l’Église est le nouvel Israël ou qu’elle a purement et simplement remplacé Israël dans l’histoire du salut de Dieu.

Ces questions et d’autres semblables méritent une réflexion renouvelée et intensifiée de la part de l’Église (voir la discussion à ce propos au chapitre 4). Le dialogue qui crée une compréhension entre les diverses communautés de foi est précieux, en particulier entre les adhérents du judaïsme et du christianisme. Les idées préconçues doivent être évitées et les idées fausses renversées. Le dialogue peut aider les deux communautés à observer le commandement : "Tu ne rendras pas de faux témoignage contre ton prochain." De tels buts sont positifs et apportent une contribution importante à l’amélioration de la compréhension.

Cependant, il subsiste des questions difficiles. Si Dieu n’a pas annulé son alliance avec le peuple d’Israël, les Juifs ont-ils alors encore besoin de Jésus pour le salut ? Cette question toute simple, et pourtant très complexe, ne peut être évitée.

Sous l’angle du Nouveau Testament, l’alliance immuable de Dieu avec le peuple d’Israël ne rend pas l’annonce de l’Évangile aux Juifs inutile. Les défenseurs du point de vue contraire non seulement simplifient à l’extrême la nouvelle alliance d’un point de vue théologique, mais ils en minent l’essence même.

C.    L’annonce de l’Évangile aux Juifs depuis la Seconde Guerre Mondiale

Lors de la première assemblée du Conseil Œcuménique des Églises (COE), en 1948, l’anti-sémitisme a été défini comme un péché contre Dieu et contre l’humanité. Les nombreuses défaillances de l’Église à l’égard du peuple juif ont été reconnues. En même temps, on continuait d’affirmer que les Juifs sont inclus dans l’œuvre d’évangélisation de l’Église. Aujourd’hui le COE, ainsi que de nombreux autres organismes ecclésiaux, ne respecte plus l’obligation biblique de partager l’Évangile avec le peuple juif. Au cours des dialogues judéo-chrétiens, l’annonce de l’Évangile aux Juifs a fréquemment été dénoncée, bien que certains aient tenté de conserver la position selon laquelle l’Église a toujours l’obligation de témoigner au peuple juif. Mais au long des années, il est devenu de plus en plus difficile de voir quelle était réellement la nature de ce témoignage.

Tout le monde ne s’exprimerait pas de manière aussi catégorique que l’a fait un théologien allemand en 1979, quand il a écrit que l’annonce de l’Évangile aux Juifs est la "Endlösung der Judenfrage mit anderen Mitteln" - la solution finale de la question juive par d’autres moyens. Néanmoins, le rejet de l’annonce de l’Évangile aux Juifs a été renforcé dans les dernières décennies. Certains ont avancé qu’Israël et l’Église appartiennent tous deux au seul peuple de Dieu. Ainsi, le raisonnement veut qu’aucun des deux ne peut essayer de convertir l’autre. Par conséquent, la conclusion est que l’annonce de l’Évangile aux Juifs est un anachronisme.

Aujourd’hui, il est exceptionnel que les principales dénominations chrétiennes accordent un soutien sans réserve à l’annonce de l’Évangile aux Juifs. De nombreuses organisations chrétiennes ayant à cœur l’annonce de l’ Évangile aux Juifs, aussi bien dénominationelles qu’indépendantes, ont cessé d’exister, tandis que d’autres ont redéfini leurs objectifs pour faire autre chose. La majorité des forums dans lesquels le dialogue judéo-chrétien se vit aujourd’hui rejette l’annonce de l’Évangile aux Juifs et la considère même avec mépris (Cf. chapitre 4). On peut s’attendre certes à une résistance juive à l’évangélisation, mais il est surprenant que les chrétiens privent les Juifs de l’Évangile de Jésus. Jésus est, après tout, le meilleur cadeau de Dieu, et les non-Juifs l’ont reçu des Juifs.

Il apparaît que certains des principaux obstacles à la transmission de l’Évangile aux Juifs surviennent aujourd’hui non de l’extérieur de l’Église, mais de l’intérieur.

D.    Documents en faveur de l’annonce de l’Évangile aux Juifs

Bien que la majorité des déclarations chrétiennes récentes, soit parlent vaguement de l’annonce de l’Évangile aux Juifs, soit la rejettent complètement, il y a cependant des exceptions. Nous citerons trois déclarations qui apportent un "oui" sans équivoque à l’annonce de l’Évangile aux Juifs et qui sont toutes approuvées par le Comité de Lausanne pour l’Évangélisation du Monde (CLEM) (Cf. Appendice B) :

(1) Le Témoignage chrétien au peuple juif (1980)

(2) La Déclaration de Willowbank sur l’Évangile et le peuple juif (1989)

(3) Le Manifeste de Manille (1989)

Ces documents affirment que le peuple d’Israël reste le peuple de l’alliance de Dieu et qu’en tant que tel, il a encore un rôle à jouer dans l’histoire du salut de Dieu. Ces déclarations rejettent également l’idée que l’alliance immuable de Dieu avec Israël rend la foi en Jésus inutile. L’obligation de partager l’Évangile avec le peuple juif subsiste. La responsabilité persiste, même après l’Holocauste.

On peut comprendre que les Juifs soient en désaccord avec une façon de considérer aussi positivement l’évangélisation. Leur désaccord s’est exprimé dans des termes acerbes qui sont en général évités dans les relations judéo-chrétiennes. En réaction à la Déclaration de Willowbank, le responsable national des Affaires Inter-religieuses pour le Comité Juif Américain de l’époque l’a qualifiée de "plan pour un génocide spirituel qui a été lancé avec l’ancien enseignement du mépris chrétien pour les Juifs et pour le judaïsme." En un autre endroit, il qualifie la Déclaration de "perverse" et "arrogante". Le Président de l’Union des Congrégations Hébraïques Américaines de l’époque a décrit la déclaration comme "rétrograde et primitive" et comme "un impérialisme religieux chrétien de la pire espèce".[2]  Des paroles de ce genre n’engendrent pas une atmosphère constructive pour la discussion d’opinions différentes.

E.    Dabru Emet :
contre l’annonce de l’Évangile aux Juifs

Au début du troisième millénaire, nous notons un changement radical de position. La meilleure façon de l’illustrer est de se pencher sur un document juif intitulé Dabru Emet : Déclaration juive sur les chrétiens et le christianisme. Ce document a été publié par un petit groupe inter-dénominationnel de savants juifs au cours de l’année 2000.[3] Dabru Emet est l’équivalent hébreu de "dire la vérité" (cf. Zacharie 8.18).

Dabru Emet contient les huit thèses suivantes :

1.      Juifs et chrétiens adorent le même Dieu.

2.      Juifs et chrétiens cherchent l’autorité dans le même livre – la Bible (ce que les Juifs appellent Tanakh et les chrétiens appellent l’Ancien Testament).

3.      Les chrétiens peuvent respecter la revendication du peuple juif quant à la terre d’Israël.

4.      Juifs et chrétiens acceptent les principes moraux de la Torah.

5.      Le nazisme n’est pas un phénomène chrétien.

6.      La différence entre les Juifs et les chrétiens, qui n’est pas humainement réconciliable, ne sera réglée que lorsque Dieu rachètera le monde entier selon la promesse de l’Écriture.

7.      Une relation nouvelle entre les Juifs et les chrétiens n’affaiblira pas la pratique juive.

8.      Juifs et chrétiens doivent œuvrer d’un commun accord pour la justice et pour la paix.

Une introduction à cette déclaration avance que ces dernières années ont été le témoin d’un "changement spectaculaire sans précédent dans les relations entre les Juifs et les chrétiens". La transformation est attribuée aux chrétiens qui ne traitent plus "le judaïsme de religion manquée, ou, au mieux, de religion qui a préparé la voie au christianisme et qui est réalisée en lui." Ce document prétend, à juste titre, qu’un "nombre croissant d’organisations ecclésiales, tant catholiques que protestantes, ont fait des déclarations publiques de remords pour les méfaits des chrétiens envers les Juifs et le judaïsme". Dans ces déclarations, les chrétiens ont reconnu "l’alliance immuable de Dieu avec le peuple juif et célébré la contribution du judaïsme à la civilisation mondiale et à la foi chrétienne elle-même".

Dabru Emet avance en outre que le temps est par conséquent venu d’enseigner aux Juifs "les efforts des chrétiens pour honorer le judaïsme". Le raisonnement veut que, puisque le christianisme a changé de point de vue à l’égard du judaïsme, le temps est venu pour les Juifs de réfléchir sur "ce que le judaïsme peut maintenant dire du christianisme".

Dabru Emet adopte le point de vue que "l’adoration chrétienne n’est pas un choix religieux viable pour les Juifs". À partir de ce principe fondamental, le document poursuit : "en tant que théologiens juifs, nous nous réjouissons de ce que, par le truchement du christianisme, des centaines de millions de personnes sont entrées en relation avec le Dieu l’Israël".  Il soutient en outre les positions mutuellement contradictoires que "les chrétiens connaissent et servent Dieu par Jésus-Christ et par la tradition chrétienne. Les Juifs connaissent et servent Dieu par la Torah et par la tradition juive."

Un tel sentiment n’a-t-il pas un air prometteur pour les relations entre Juifs et non-Juifs ? Certains chrétiens sont très tentés d’être d’accord avec le document Dabru Emet. Cependant, la plus grande obligation de tout chrétien est de suivre celui qui est la Vérité. Cet engagement devrait empêcher les croyants chrétiens de suivre la voie proposée par Dabru Emet. Jésus a dit : "Le chemin, c’est moi, parce que je suis la vérité et la vie. Personne ne va au Père sans passer par moi." (Jean 14.6) La section suivante donne plus de détails à ce propos.

F.    L’alliance de Dieu avec son peuple

"Alliance" et "élection" sont des termes clés dans l’Ancien Testament et sont de la plus haute importance pour une compréhension de l’identité juive aujourd’hui. D’une manière similaire, "alliance" et "élection" sont des concepts centraux du Nouveau Testament et sont de la plus haute importance pour l’identité chrétienne et pour une compréhension correcte de l’Église.

Le Dieu d’Israël n’a pas annulé l’élection inconditionnelle de son peuple d’Israël. Cette simple déclaration est contraire à la position souvent soutenue par l’Église au travers des siècles. Cependant, elle correspond à la pensée biblique et à la compréhension de la plupart des personnes impliquées dans la diffusion de l’Évangile aux Juifs au cours des deux derniers siècles.

Dieu a appelé Abraham hors des nations pour établir une alliance universelle avec le patriarche et sa descendance, pour en faire une bénédiction pour tous les peuples de la terre (Genèse 12.1-3). Cette promesse inclut la préservation éternelle d’Israël de manière à accomplir le dessein de Dieu (voir Jérémie 31.35-37). Paul fait écho à cette promesse en Romains 11.1 : "Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Assurément pas !" et, à nouveau en Romains 11.28-29 : "Mais du point de vue du libre choix de Dieu, ils restent ses bien-aimés à cause de leurs ancêtres. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables." Dieu a, par conséquent, préservé Israël et il n’en a pas fini avec le peuple juif dans son plan de rédemption.

Quand le Christ est venu mourir pour le péché et ressusciter, il a accompli la promesse d’une nouvelle alliance (Jérémie 31.33-34) ainsi que ce qui avait été promis à Abraham (Galates 3.15-29). Après que le Christ est remonté au ciel, l’Esprit Saint a été déversé sur ses disciples à la fête juive de la Pentecôte. Ils ont reçu l’Esprit de Dieu comme le signe d’approbation et la signature d’une nouvelle alliance (Actes 2.32-36). À l’époque des apôtres, un reste du peuple juif a reconnu l’accomplissement prophétique unique et ceux-là ont reçu le Messie par la foi. De la même manière, un reste a toujours appartenu à la nouvelle alliance dans l’unique corps du Christ. Alors qu’une partie d’Israël continue à ne pas croire dans le Messie de Dieu, la volonté de Dieu pour l’Église demeure qu’elle atteigne un reste d’Israël dans chaque génération jusqu’au jour où "tout Israël sera sauvé" (Romains 11.26).

Paul n’a pas décrit l’Église comme ayant remplacé Israël dans l’histoire du salut de Dieu. Il n’a pas non plus exclu le peuple d’Israël du besoin de l’Évangile du Christ pour le salut. Paul est tout à fait clair en Romains 10.9 : "Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé." Pour ce qui est du chemin du salut, il n’y a "pas de différence entre Juifs et les non-Juifs." (Romains 10.12)

La pensée contemporaine vis-à-vis de l’alliance, qui a dominé le dialogue judéo-chrétien récent, place à tort les Juifs et les non-Juifs dans des positions différentes pour recevoir le salut. Quand la signification de la personne unique de Jésus pour le salut de tous est rejetée ou diminuée, la théologie et la mission chrétiennes souffrent des dommages irréparables. 

G.   Pensées contemporaines à propos de l’alliance

La pensée à propos de l’alliance, qui a dominé le dialogue judéo-chrétien, est souvent décrite comme une théologie de deux alliances ou une théologie d’alliance double. Une telle description n’est pas juste. On rencontre parfois aussi la présentation d’une théologie d’une alliance unique dans laquelle le christianisme est vu comme une sorte de judaïsme pour les non-Juifs. En outre, certains théologiens qui souscrivent à cette théorie des deux alliances souscrivent en fait à une théologie d’alliances multiples ou à un pluralisme d’alliances, où le Dieu d’Israël a une relation d’alliance avec tous les peuples et toutes les religions. Ces notions n’ont pas vu le jour seulement dans l’ère moderne.

Au début du Moyen-Âge, les savants juifs ont considéré les chrétiens comme des adorateurs d’idoles. À partir de la fin du treizième siècle, un accord a été trouvé. Si les non-Juifs voulaient croire en Jésus comme Messie, dans sa divinité, et dans la tri-unité de Dieu, cela ne serait pas contredit, mais les Juifs qui soutiendraient de telles croyances seraient encore considérés comme des adorateurs d’idoles.

        Ce n’est qu’au début du vingtième siècle qu’une théologie systématique – ou plutôt une philosophie – enseigne vraiment la notion de deux voies de salut. Le philosophe des religions juif-allemand, Franz Rosenzweig (1886-1929), joue un rôle important sur ce sujet. Il a été très proche d’embrasser le christianisme, mais il s’est ravisé ensuite. Ce qui suit est une citation fameuse de Rosenzweig, en 1913, dans laquelle il se réfère à Jean 14.6 et Luc 15.31. La voici :

Nous sommes totalement d’accord sur la signification du Christ et de son Église pour le monde : personne ne peut atteindre le Père que par lui. Personne ne peut atteindre le Père ! Mais la situation est tout à fait différente pour celui qui n’a pas besoin d’atteindre le Père parce qu’il est déjà avec lui. Et cela est vrai du peuple d’Israël…[4]

        Cette mauvaise exégèse de Jean 14.6 et de la parabole concernant le fils prodigue en Luc 15 servait encore un besoin apologétique. Selon Rosenzweig, le peuple juif n’a pas besoin de médiateur. Le Juif est déjà avec Dieu. Les non-Juifs, par contre, ont besoin d’un médiateur, le Juif Jésus. D’après Rosenzweig, Juifs et non-Juifs se complètent donc les uns les autres. Ils ont tous deux un rôle donné par Dieu à jouer dans le monde.

Jusqu’à Rosenzweig, aucun penseur juif n’avait parlé aussi positivement du christianisme. Dans la pensée actuelle sur l’alliance, l’accent est également positif. Les arguments peuvent varier, mais les conclusions principales sont les mêmes.

Elles sont, premièrement, que Dieu a une alliance immuable avec le peuple d’Israël qui n’a pas été annulée. Deuxièmement, cette alliance rend la foi en Jésus inutile pour les Juifs. Et, troisièmement, la foi en Jésus a fait entrer les non-Juifs dans une relation d’alliance avec le Dieu d’Israël.

Beaucoup de personnes trouvent que cette manière moderne de penser l’alliance, et ses variantes, sonnent presque "évangélique". L’illusion qu’une solution puisse être trouvée à la relation difficile entre le judaïsme et le christianisme est ainsi née. Les deux sont considérés comme égaux, et voulus par le même Dieu. Les deux ont une mission divine dans ce monde. Il n’y a aucune compétition entre eux pour ce qui est de l’âme des Juifs ou des non-Juifs. Par conséquent, la mission chrétienne auprès du peuple juif devrait cesser. On avance que l’Église chrétienne n’a plus besoin d’avoir mauvaise conscience à cause de son échec à porter l’Évangile au peuple juif. L’Église a donc été dégagée de ce qu’elle considérait jusque là comme une obligation missionnaire donnée par Dieu. Ceci est arrivé, dit-on, non en raison d’une prohibition négative, mais en raison d’une raison théologique positive. Mais est-ce aussi simple ?

De fait, Dieu a bien une alliance immuable avec son peuple d’Israël. Il est vrai que les non-Juifs ont trouvé, par la foi en Jésus, une relation d’alliance avec le Dieu d’Israël. Pourtant, Juifs et non-Juifs ne peuvent jouir de la bénédiction promise de cette alliance immuable autrement que par la foi en Jésus. La réalité de cette relation est confirmée par le don de l’Esprit Saint.

H.    Les prétentions de vérité du judaïsme et du christianisme

Dabru Emet essaie d’avoir l’air simple quand il soutient que "les Juifs peuvent respecter la fidélité des chrétiens à leur révélation, tout comme nous attendons des chrétiens qu’ils respectent notre fidélité à notre révélation." Cependant, c’est simplifier à l’extrême ce qui est en jeu. La question est beaucoup plus complexe. Un savant juif, critique de Dabru Emet, a défini ce qui est en jeu tant pour le judaïsme que pour le christianisme. Il a écrit : "Dabru Emet a tort d’attirer l’attention sur les écritures communes et les 'leçons similaires'. Le problème est que cela réduit ce qui n’est pas commun à de simples différences d’opinion – comme si les deux traditions n’avaient aucune prétention de vérité."[5]

Il est évidemment aisé de se "respecter" l’un l’autre quand ce qui sépare est réduit à de simples différences d’opinion et à des questions de peu d’importance. Un authentique "respect" pour la révélation de l’autre est nécessaire. Cependant, le "problème" est que, au centre de la révélation chrétienne, on trouve le Dieu d’Israël qui parle et agit en et au travers de Jésus, et qu’il le fait par amour pour le peuple d’Israël. Si l’on laisse de côté cet aspect de la révélation chrétienne, elle est alors vidée de son contenu réel.

Il convient de se demander d’où est premièrement venue la prétention que le peuple juif a besoin de l’Évangile du salut. Est-ce une Église triomphaliste de non-Juifs qui l’a inventée à une époque ultérieure ? Non ! Son origine remonte au jour où des disciples juifs de Jésus ont commencé à prêcher l’Évangile aux pèlerins juifs lors de la fête juive de la Pentecôte. Pour ce qui est de Jésus, ils prétendaient que "c’est en lui que se trouve le salut, en personne d’autre. Dans le monde entier, Dieu n’a jamais donné de nom d’aucun autre homme par lequel nous devions être sauvés" (Actes 4.12)

Le Nouveau Testament lui-même prétend de façon exclusive que le salut ne peut se trouver que par la foi en Jésus. Les chrétiens non-juifs qui entrent dans l’Église ne méritent par conséquent ni honneur ni reproche pour cette déclaration. La transmission de l’Évangile aux Juifs ne peut donc être raisonnablement qualifiée d’antisémitisme, d’anti-judaïsme ou de la théologie du remplacement.

I.       Incohérences théologiques

Il ne fait aucun doute que le témoignage du Nouveau Testament présente Jésus comme le Messie pour le peuple juif. Cependant, l’acceptation de sa messianité ne peut être obtenue que par la foi. Certains peuvent prétendre que Jésus est un faux Messie ou un Messie raté. Mais prétendre que Jésus n’a plus aucun rapport avec le salut du peuple juif, et qu’à cause de cette absence de lien il est devenu pertinent pour les non-Juifs, est – à la lumière du témoignage de la Bible – une absurdité. Ce genre d’argument n’a aucune logique.

La théorie des deux alliances et ses expressions récentes semble, du point de vue juif traditionnel, une solution naturelle à la relation entre le judaïsme et le christianisme. Il n’est pas facile de comprendre comment les théologiens chrétiens peuvent s’en faire les avocats à la lumière de la logique autodestructrice sur laquelle elle repose.

Comment est-il possible que le même Jésus, soit d’une part le Sauveur du monde entier, et d’autre part ne soit pas le Sauveur du peuple juif de ce même monde ? Jésus qui est tout d’abord allé à la rencontre de son propre peuple juif avec l’invitation radicale à recevoir l’amour salvateur de Dieu, et avec l’appel tout aussi radical à le suivre dans l’obéissance, comment peut-il n’avoir plus aucun rapport avec ce même peuple juif ? À moins que Dieu ne manque de logique et soit partisan, comment peut-il fournir un moyen de salut qui n’est plus accessible ou pertinent pour les Juifs, et ne l’est que pour les non-Juifs ? Les non-Juifs ne peuvent miser leur vie sur une théorie juive qui n’a aucune pertinence.

Jésus n’est pas un Juif sans importance, il n’est pas non plus une théorie juive sans pertinence. S’il n’est pas le Messie pour Israël, il n’est pas non plus le Christ pour les nations.

Soit Jésus est le Messie de tous, soit il n’est pas le Messie du tout.

J.     Autres formes de remplacement pour l'annonce de l'Évangile

Sur le fondement du Nouveau Testament, le Juif a tout autant besoin que tout autre de l’Évangile pour le salut. Cependant, il est étonnant de voir des chrétiens qui croient dans la Bible et sont avides de proclamer l’Évangile à tous les autres peuples, mais qui en excluraient le peuple d’Israël, et remplaceraient la proclamation de l’Évangile par des actes de bienfaisance. Comment se fait-il que certains chrétiens laissent même la porte entrouverte à un salut pour Israël qui serait sans Jésus ?

Voici quelques exemples :

Le dialogue chrétien avec le peuple juif peut être bénéfique. Cependant, le dialogue qui vient se substituer à la mission n’est pas à la mesure du commandement à "faire des disciples".

Les chrétiens qui facilitent le retour du peuple juif dans l’État d’Israël font preuve d’une attention et d’une compassion authentiques. Cependant, si cette attention et cette compassion viennent remplacer ou empêcher la prédication de Jésus ici et maintenant, alors elles ne sont pas à la hauteur du commandement à faire des disciples de toutes les nations.

Les chrétiens peuvent offrir un soutien politique et financier à l’État d’Israël. Cependant, si ce soutien vient remplacer l’effort d’évangélisation auprès de Juifs, alors il n’est pas à la hauteur du commandement à faire des disciples de toutes les nations, y compris la nation d’Israël.

Les croyances eschatologiques concernant l’avenir d’Israël dans le plan de salut de Dieu sont importantes. Cependant, si ces idées concernant ce que Dieu a en réserve pour Israël viennent remplacer l’annonce de l’Évangile aux Juifs ici et maintenant, il y a quelque chose qui ne va pas. Quelle que soit la manière dont l’avenir d’Israël pourra se développer dans le plan de Dieu, c’est aujourd’hui le moment pour que le peuple d’Israël entende parler du salut.

Une alternative erronée à une activité chrétienne d’évangélisation organisée découle de l’idée que le témoignage chrétien auprès des Juifs consiste uniquement en une qualité aimante de vie communautaire. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Une façon aimante de vivre la vie chrétienne est une bonne discipline, mais la foi vient de l’Évangile que l’on entend (Romains 10.17). L’Église n’est pas née de la seule vie communautaire des apôtres, mais de leur proclamation publique de l’Évangile.

Ces formes évangéliques de "théologie du remplacement" sont des obstacles à la propagation de l’Évangile auprès du peuple juif. Elles sont tout aussi nuisibles pour la cause du témoignage chrétien auprès du peuple juif que les autres formes de théologie du remplacement l’ont été pour l’évaluation par l’Église de la place d’Israël dans l’histoire du salut.

K.    Le test de la tolérance

Il ne fait aucun doute que les accusations d’être tenants de la théologie du remplacement et celles de triomphalisme religieux continueront à être lancées contre ceux qui souscrivent à l’annonce de l’Évangile aux Juifs. Les chrétiens, parmi lesquels se trouvent des Juifs croyant en Jésus, qui ont expérimenté la grâce de Dieu et défendent la Vérité qui est dans l’Évangile, peuvent vivre en dépit de telles accusations.

Les pluralistes religieux prônent la tolérance vis-à-vis des autres, mais ils sont souvent intolérants à l’égard de ceux qui croient dans la révélation d’une vérité absolue. C’est ce que font tant le judaïsme que le christianisme, et les membres de ces communautés de foi devraient s’en souvenir. Il vaut la peine de réfléchir sur la déclaration d’un penseur juif décédé, Arthur A. Cohen. Il a dit : "Le test de la tolérance se situe là où les hommes combattent pour la vérité, mais honorent les personnes." Nous, qui sommes appelés à un ministère de diffusion de l’Évangile auprès des Juifs, devons accepter de subir ce test et, avec l’aide de Dieu, le réussir.

Même si l’on ne peut pas dire de Cohen qu’il approuve la Mission chrétienne auprès des Juifs, il vaut la peine de regarder ce qu’il a ajouté :

Je ne peux, en toute conscience, m’opposer à l’activité missionnaire auprès des Juifs, et j’appuie le témoignage missionnaire auprès des chrétiens. C’est une activité que je trouve extrêmement satisfaisante, parce que l’activité a pour but principal de permettre au missionnaire de se rendre témoignage à lui-même, plutôt que d’amener le non-croyant à croire. Il va sans dire que, là où la psychologie particulière de l’agresseur est l’auto-justification, la tentation à déformer, à dénaturer et insinuer, à tromper et à duper est parfois trop forte. Mais, si être missionnaire, c’est témoigner non à soi-même, mais à la vérité, et que c’est dans le discours de la vérité que le missionnaire affronte celui auprès de qui il exerce sa mission, alors cela est justifié.[6]

Tous ceux qui sont impliqués dans l’évangélisation mondiale devraient prendre garde à cet avertissement, tout comme les missionnaires doivent éviter le danger de la promotion personnelle. Il faut avoir des lignes directrices pour une conduite éthique dans le service de la proclamation, ainsi qu’une auto-évaluation et une réflexion sur les mobiles.

Ceux qui aujourd’hui réfléchissent à la théologie de l’alliance devraient prendre plus au sérieux les revendications divergentes de vérité des communautés de foi respectives, comme devraient le faire également tous ceux qui entrent dans le dialogue judéo-chrétien. C’est au détriment tant du judaïsme que du christianisme que de trop nombreuses concessions théologiques sont faites sur des questions critiques, dans l’intérêt d’une acceptation mutuelle.

Ceux qui s’engagent dans la diffusion de l’Évangile auprès des Juifs ne sont pas près d’abandonner la conviction que les Juifs ont besoin de Jésus, en dépit du fait que certains représentants du judaïsme moderne sont disposés à reconnaître les chrétiens comme étant un peuple qui a une relation d’alliance avec le Dieu d’Israël. Il est curieux qu’ils soient prêts à s’écarter de la donnée fondamentale des écritures hébraïques qu’Israël est le peuple choisi, pour la remplacer par l’idée qu’Israël n’est qu’un peuple parmi les nombreux autres peuples choisis.

Les chrétiens doivent reconnaître Israël comme le peuple choisi s’ils veulent comprendre correctement leur propre relation avec le Dieu d’Israël au travers de Jésus le Messie – celui qui est choisi par Dieu. Une théologie biblique logique place la vérité au-dessus de la simple tolérance.

L.    L’annonce de l’Évangile aux Juifs – pour qui donc exactement ?

Pour qui entreprend-on l’annonce de l’Évangile aux Juifs ? En résumé, cinq points sont soulignés.

1. Pour les Juifs
          L’alliance immuable de Dieu avec le peuple juif n’annule pas le besoin que ce dernier a de Jésus pour le salut. L’alliance n’implique pas non plus que les Juifs sont sauvés d’une manière qui diffère de celle des non-Juifs. La foi vient de la proclamation de l’Évangile et, par conséquent, l’Évangile doit être proclamé au peuple juif.

         Un "oui" à l’annonce de l’Évangile aux Juifs garantit que le peuple juif n’est pas privé de la possibilité du salut par la foi en Jésus. Il n’y a dans le Nouveau Testament aucun fondement à l’idée qu’Israël possède une qualification quelconque qui lui assure le pardon des péchés autrement que par la foi en Jésus.

2. Pour l’Église

L’annonce de l’Évangile aux Juifs amène l’Église dans un contact étroit avec le peuple juif. C’est important pour l’Église elle-même. Elle oblige l’Église à dénoncer toute forme de Marcionisme (voir chapitre 4). Un contact étroit avec le peuple juif affine la compréhension par l’Église de ses racines bibliques. Les racines de l’Église se trouvent dans l’histoire du salut d’Israël. La structure de l’Église est construite sur Israël et l’espoir de l’Église est étroitement lié à Israël. La compréhension que l’Église a d’elle-même est incomplète sans Israël.

Un "oui" à l’annonce de l’Évangile aux Juifs présente à l’Église un défi à comprendre ses liens avec Israël et avec le Dieu d’Israël. Le fait que ces questions soient discutées dans le dialogue judéo-chrétien ne dispense pas l’Église de les traiter.

3. Pour l’évangélisation du monde

L’annonce de l’Évangile aux Juifs n’est pas un appel plus noble ou plus important aux yeux de Dieu que l'annonce faite aux autres peuples. Cependant, théologiquement et missiologiquement elle a un rôle unique à jouer : si le peuple qui a été historiquement le plus proche de Dieu a besoin de l’Évangile pour être sauvé, alors tous les autres peuples ont eux aussi besoin de l’Évangile.

Quand la légitimité et la nécessité de l’annonce de l’Évangile aux Juifs sont mises en questions, alors la porte est ouverte à l’universalisme religieux. Le caractère unique de Jésus est nié.

4. Pour les Juifs qui croient en Jésus

Les Juifs qui croient en Jésus sont souvent mis au ban de la société par leur propre peuple à cause de leur foi en Jésus. Ils ont besoin de compréhension et de soutien de la part du reste de l’Église.

Un "non" à l’annonce de l’Évangile aux Juifs tend à isoler les Juifs qui croient en Jésus. Ils ne recevront le soutien ni de la communauté juive ni de l’Église (voir chapitre 4).

5. Pour l’amour et la gloire de Dieu

Enfin et fondamentalement, l’annonce de l’Évangile aux Juifs est nécessaire pour l’amour de Dieu et pour sa gloire. Un "non" à la Mission parmi les Juifs sous-entend que la mort de Jésus pour le péché était insignifiante et conduirait à une omission importante dans le Grand Ordre de Mission. Un "non" à l’annonce de l’Évangile aux Juifs refuse l’amour salvateur de Dieu au peuple d’Israël. Un "oui" à l’annonce de l’Évangile aux Juifs ouvre la porte pour que le peuple juif prenne part à la gloire de Dieu telle qu’elle est révélée dans la nouvelle alliance ou le nouveau "testament".

 L’Église doit se pencher sur ces questions et à nouveau approuver l’annonce de l’Évangile aux Juifs et s’y engager.

          Beaucoup de choses sont en jeu :

Si Jésus n’est pas le Messie pour le peuple juif, il n’est pas non plus le Christ pour les nations. Soit Jésus est le Messie pour tous, soit il n’est pas le Messie du tout.

2.           La communauté juive et l’annonce de l’Évangile aux Juifs

C. S. Lewis a écrit dans l’introduction au livre de Joy Davidman’s : Smoke on the Mountain :

D’une certaine façon, le Juif converti est le seul être humain normal en ce monde. C’est, en effet, à lui que les promesses ont d’abord été faites, et il s’est rendu disponible pour elles. Il appelle Abraham son père par droit héréditaire aussi bien que par divine courtoisie. Il a pris tout le programme en compte, comme il se présentait, mangé le dîner en suivant le menu. Toute autre personne, d’un certain point de vue, est un cas spécial avec des perceptions d’urgence et pressantes.

Aujourd’hui, il y a moins de 14 millions de Juifs dans un monde de 6,4 millions de personnes. Les Juifs ne représentent qu’un cinquième d'un pour cent de la population mondiale et vivent dans 130 pays. On obtient les chiffres suivants pour la population juive par région du monde : Amérique du Nord (6 millions), Israël (5,2 millions), Europe (2 millions), Amérique Latine (500 000), Australie (100 000) et Afrique du Sud (90 000). (Voir l’annexe C pour plus de détails).

Le monde juif contemporain est rempli de paradoxes : diversité et points communs, sécularisme et spiritualité, rigidité et mobilité. Voici donc un instantané de ce monde, puis un bref regard sur les Missions auprès des Juifs dans le passé, ainsi que sur la situation actuelle et les raisons pour lesquelles il y a un tel vacarme par rapport à ce qui devrait être normal au regard de Dieu.

A.  Une communauté variée

        Un adage juif très répandu veut que si vous posez une question à deux Juifs, vous obtiendrez trois opinions. Les Juifs sont un peuple varié dans leur pensée, leur culture, leur expression religieuse et leur identification.

        Il y a des différences culturelles entre les Juifs issus des communautés ashkénazes et sépharades. Parmi ces différences, il y en a qui concernent la nourriture, la musique et la façon d’observer les fêtes et les événements du cycle de la vie. Les Juifs ashkénazes descendent des Juifs allemands, polonais, autrichiens et européens de l’Est. Une grande proportion des Juifs d’Amérique du Nord est issue de cette communauté. Les Juifs sépharades descendent des Juifs d’Espagne et du Portugal qui se sont établis en Afrique du Nord et en Europe du Sud. En Israël moderne, le terme sépharade est aussi utilisé pour parler des Juifs issus du Proche Orient.

On trouve parmi les Juifs diverses expressions religieuses. Certains suivent des formes de judaïsme orthodoxes, conservatrices, libérales [réformées], et reconstructionnistes, humanistes ou hassidiques, tandis que d’autres se reconnaissent comme séculiers, agnostiques ou athées. La communauté juive contemporaine a aussi embrassé des formes religieuses alternatives dans la Cabbale (judaïsme mystique), le Nouvel Âge, une forme de bouddhisme juif et un hindouisme juif.

        L’identification des Juifs est un reflet de leur géographie. Les Israéliens et les Juifs de la Diaspora vivent leur judaïté sous des angles différents. Une majorité des Juifs israéliens sont séculiers et n’ont besoin d’aucune affiliation religieuse. Ils parlent une langue juive, l’hébreu. Ils défendent l’État juif et servent dans l’armée israélienne. Leur calendrier comprend les jours saints juifs et leurs enfants étudient la Bible à l’école comme élément de leur histoire. Par contre, les Juifs de la Diaspora vivent comme des minorités dans les différents pays où ils habitent hors d’Israël. Ils se définissent souvent par ce qu’ils ne sont pas (par exemple : "Nous les Juifs, nous ne croyons pas en Jésus.").

B.    Points communs

Si le peuple juif n’est pas monolithique, les Juifs ont de nombreux points communs.

1. Souffrance et victimisation : L’antisémitisme transcende les cultures, les expressions religieuses et les identifications divergentes du peuple juif. C’est une haine diabolique du Mauvais à l’égard du peuple choisi de Dieu. L’antisémitisme est une idéologie qui reproche au peuple juif tous les maux du monde. Il est souvent lié politiquement à une opposition contre l’État d’Israël. Il est répandu aujourd’hui. Le langage de l’antisémitisme prolifère sur la Toile. La haine antisémite internationale est récemment apparue sous la forme d’attentats à la bombe contre des synagogues, de désacralisation de cimetières juifs, d’attaques contre des touristes juifs et de diverses attaques terroristes contre les Israéliens chez eux et à l’étranger. Les Juifs ressentent l’aiguillon de la haine antisémite, qu’ils vivent à Jérusalem, Paris, Wellington ou Northridge. Il en résulte la méfiance des Juifs à l’égard d’un monde non-juif perçu comme hostile. L’appel de l’Église comprend des efforts pour faire changer cette perception.

2. Identification avec Israël : L’accomplissement de la promesse d’un pays promis que Dieu a faite à Abraham, le père du peuple juif, joue, à l’heure actuelle, un rôle particulier pour de nombreux Juifs. L’Israël moderne a été créé comme un foyer sûr pour des réfugiés juifs. Toute menace sur la sécurité d’Israël est perçue comme une menace sur les Juifs du monde entier. La survie juive est liée à la sécurité de la mère patrie d’Israël. Ainsi, Israël est une partie intégrante du psychisme juif en tout lieu.

3. Soif de spiritualité : Dans le contexte juif, la spiritualité est liée au fait de devenir un Juif meilleur, plus savant. La signification de la judaïcité est recherchée dans les racines historiques et dans la signification biblique de l’élection divine. La quête de cette signification est recherchée dans le mysticisme juif, étude de la Torah ou observance de la Loi, la poursuite de la justice et les causes sociales, et une meilleure éducation dans toutes les disciplines.

4. Une communauté en marche :

L’émigration des Juifs hors des pays arabes, dans les années 50, a été un mouvement de population important.  Cinquante années plus tard, les Juifs de l’ex-Union Soviétique sont à nouveau en marche. Les chiffres de cette émigration, de 1990 à nos jours, comprennent approximativement 875 000 vers Israël, 200 000 vers New York et 200 000 vers l’Allemagne. Ces nouveaux arrivants sont davantage ouverts à l’Évangile que les Juifs qui étaient déjà retranchés dans la société.

Parmi les autres mouvements, citons les basculements à l’intérieur de régions géographiques. Par exemple, aux États-Unis, les Juifs se déplacent des villes de la côte est vers des centres en expansion comme Phœnix, Las Vegas et le sud de la Floride.

        La population israélienne continue de croître avec l’afflux de 20 000 Juifs éthiopiens. On estime que d’ici à l’an 2020, la population juive d’Israël sera la plus grande du monde. Ces mouvements ont des implications importantes pour la stratégie de diffusion de l’Évangile parmi les Juifs.

5. Une génération en mutation :

La communauté juive dans le monde est en mutation. La plupart des 400 000 étudiants universitaires juifs américains évitent les institutions universitaires juives . Le taux de divorce chez les Juifs américains s’est élevé, rivalisé seulement par le taux des mariages mixtes. Les sondages récents montrent un taux de 80% de mariages mixtes chez les Juifs de Russie et d’Ukraine. Les communautés juives d’Allemagne et de Hongrie suivent avec un taux de 60% de mariages mixtes. Les Juifs des États-Unis contractent des mariages mixtes à un taux de 54%, ceux de France, de Grande-Bretagne et d’Argentine suivent avec 45%. Les Juifs canadiens contractent des mariages mixtes à un taux de 35%, les australiens à 22%, les sud-africains à 20% et les mexicains à 10%. En Israël, le taux de mariages mixtes n’est que de 5%, et la plupart des familles mixtes viennent de l’ex-Union Soviétique. [7]

        Ces facteurs fournissent des occasions pour ceux qui voulant transmettre l’Évangile aux Juifs. Ils constituent des justifications pour des initiatives potentielles renouvelées visant à atteindre avec l’Évangile un monde juif diversifié.

C.   La mission juive au travers des siècles

La communauté juive, à l’époque du deuxième temple, était tout aussi diverse que l’est la communauté juive aujourd’hui. Les disciples de Jésus venaient de différents arrière-plans culturels issus de diverses expressions de la société juive, et ils avaient des points de vue religieux et politiques divers. Leur réponse mutuelle à l’enseignement de Jésus était leur trait d’union.

        Les Actes des Apôtres nous racontent comment ils ont commencé à proclamer l’Évangile auprès des pèlerins à Jérusalem, pendant les journées de fête de Shavuot (Pentecôte). Il y a toujours eu, depuis lors, des membres juifs dans le corps du Christ. Les Juifs qui ont cru en Jésus ont été les premiers missionnaires, planteurs d’Églises et martyrs. Ils ont été les premiers à répandre la bonne nouvelle du Messie dans tout le monde gréco-romain.

Depuis lors, et dans tous les siècles, on a pu identifier des Juifs qui ont cru en Jésus. On peut reconnaître dans l’Église des groupes entiers de Juifs, vivant les expressions de leur identité juive et de leur foi chrétienne, encore à la fin du quatrième siècle. C’est vers cette époque que la séparation entre l’Église et la synagogue a été achevée. Les Juifs qui se trouvaient dans les Églises avaient l’interdiction de conserver leur identité juive, et les chrétiens étaient exclus des synagogues. Les Juifs qui croyaient en Jésus sont devenus un groupe marginalisé, considéré comme ni volatile ni poisson. Ils étaient vus comme une menace à l’intégrité tant du judaïsme que de l’Église chrétienne.

Cependant, dans chaque siècle, il y a eu des représentants du peuple juif dans l’Église. Certains y sont entrés par des conversions forcées, ce qui constitue une partie tragique de l’histoire de l’Église et ne peut prétendre à une véritable conviction de foi. D’autres, un peu partout, sont devenus disciples de Jésus par une foi authentique.

Depuis le début du dix-septième siècle, les mouvements piétistes et évangéliques ont trouvé un regain d’intérêt dans le peuple juif et dans son rôle permanent dans l’histoire du salut. À cette époque-là, des missionnaires spécialement formés ont été envoyés travailler au sein du peuple juif, surtout en Europe de l’Est.

Au dix-neuvième siècle, le réveil évangélique de Grande-Bretagne et d’Amérique du Nord a vu la création de sociétés missionnaires juives modernes. Nombre des missionnaires étaient des croyants juifs, allant vers leur propre peuple au nom de Jésus. Les croyants juifs ont énormément contribué à la mission de l’Église, même jusqu’à aujourd’hui.

        Au dix-neuvième siècle, les croyants juifs ont commencé à remettre en question la notion historique prévalente dans l’Église et dans les communautés juives, qui voulait que l’identité juive et Jésus soient mutuellement exclusifs. Vers la fin du vingtième siècle, le mouvement des disciples juifs de Jésus a connu un nouvel essor et une croissance rapide à l’échelle internationale. Une aube nouvelle s’est levée dans l’histoire juive où, une nouvelle fois, des Juifs proclament l’Évangile de Jésus le Messie, de Jérusalem jusqu’aux extrémités de la terre.

D.    Le monde juif et l’annonce de l’Évangile aux Juifs

Les estimations du nombre de Juifs qui croient en Jésus dans le monde varient beaucoup. Le chercheur chrétien, Patrick Johnstone, propose un nombre global de 332 000.[8] Les organisations anti-missionnaires ont risqué un nombre de 275&n